Avez-vous suivi l’histoire du marathon de Boston 2018 et son vainqueur japonais Yuki Kawauchi ? C’était certainement une des éditions les plus dantesques de l’histoire. Avec 3 degrés à peine, une pluie diluvienne et un vent de face de 50km/h pendant plus de 42km… Le ressenti devait être glacial. Et pourtant, plus de 95% des coureurs qui ont pris le départ ont été au bout si on regarde les statistiques. C’est fascinant, et ça montre ce que représente le marathon de Boston pour beaucoup. C’est un mythe, et cette année, le mythe a été remporté par un japonais au profil plus qu’atypique dont la devise est claire : « casser les codes ».

Aujourd’hui je vous propose de revenir sur ce personnage qu’est Yuki Kawauchi, sa manière de fonctionner et ce que l’on peut en apprendre. 5 apprentissages qui pourront nous aider dans notre propre entraînement de coureur amateur ! Je l’ai fait au format vidéo, mais si vous allez sous la vidéo, j’ai retranscris ça sous forme d’article pour ceux qui préfèrent la lecture ! 🙂

Yuki Kawauchi, un profil exceptionnel, impossible à copier !

« C’est exceptionnel, c’est un phénomène, 9ème au championnat du monde, il a remporté une quinzaine de marathons, il en fait 10 par an entre 2h10 et 2h12 » Pascal Thiriot

Je pense que ça vous présente un peu le personnage qu’est Yuki Kawauchi… 79 marathons sous les 2h20 en comptant Boston, mais aussi 55 marathons sous les 2h15, 26 sous les 2h12… Et même 2 marathons sous les 2h11 en 15 jours fin 2017 ! Si ça ne vous impressionne pas, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Avec un marathon par mois en moyenne, c’est un profil de coureur qui semble totalement fou. C’est en tout cas l’avis de Jean-Claude Volmer, l’entraîneur de Hassan Chahdi, le meilleur marathonien français actuel avec un record à 2h10.

« Moi je suis impressionné au niveau de la résistance humaine. C’est pas une course cycliste, il y a des chocs, c’est traumatisant et je pense qu’il a une résistance physique et une constitution exceptionnelle. » Jean-Claude Volmer

Exceptionnel, c’est le mot qui caractérise le mieux Yuki Kawauchi, un coureur aux méthodes qu’il semble impossible de copier. Copier non, mais s’en inspirer oui…

Yuki Kawauchi, vainqueur du marathon de Boston 2018… Sans coach !

« Au début j’ai travaillé avec un coach pendant un an et demi, mais je préférais être libre. Cette liberté m’a plu et mes performances ont augmenté. »

Faut-il en conclure qu’avoir un coach est une mauvaise chose pour progresser ? Bien sûr que non ! Mais je pense sincèrement que l’on peut progresser sans coach et Yuki Kawauchi en est la preuve. Nous sommes tous différents. L’entraînement qui va nous faire progresser n’est pas forcément le même que celui du voisin. Il faut prendre en considération nos sensations mais aussi nos envies profondes pour définir la manière dont on va s’entraîner. Cette petite touche pourra évidemment se définir conjointement avec un coach si celui-ci est ouvert et prend le temps de discuter avec vous de tout ça. Dans tous les cas, la personne qui vous connait le mieux, c’est vous même. Vous devez définir votre entraînement en fonction de vous et pas de ce que font les autres !

>> À LIRE : La progression est différente pour chacun d’entre nous

Yuki Kawauchi court en compétition presque tous les weekends !

« Il court si souvent en compétition qu’il s’entraîne moins que les autres, il a totalement inversé la donne »

Courir en compétition presque tous les weekends et faire 12 marathons par an, c’est impossible diront beaucoup. Pourtant, Yuki Kawauchi le fait depuis 6 ans. Cela démontre encore une fois qu’il n’y a pas qu’une seule manière de s’entraîner. La manière qui fonctionne, c’est celle qui nous convient, celle à laquelle notre corps et notre esprit adhère ! Évidemment, celle de Yuki est inconcevable pour 99,9% des gens. Même la majorité des pros seraient sûrement brûlés par ce type de pratique.

Mais ça marche pour lui ! Alors aussi fou que ça puisse paraître, ça montre bien que celui qui pense détenir « LA vérité » sur l’entraînement se trompe. Le corps humain est bien plus impressionnant que ça. Chaque individu fonctionne différemment et va réagir différemment à une méthode d’entraînement… Il faut garder l’esprit ouvert, essayer des choses différentes dans son entraînement, voir ce qui fonctionne ou ce qui ne fonctionne pas… Accepter de se tromper c’est apprendre comment son corps fonctionne. Et à force d’essayer on devient expert dans le fonctionnement de notre corps… Et là, ça devient vraiment intéressant car on est capable de vraiment réfléchir à son entraînement !

5 apprentissages grâce à Yuki Kawauchi, vainqueur du marathon de Boston 2018

Gagner le marathon de Boston 2018 et travailler 40h/semaine

« Il est juste comme n’importe qui, avec un travail à temps complet, comme n’importe quel autre amateur » 

Pour moi, Yuki Kawauchi est le symbole du quand on veut on peut. Pas pour dire qu’on peut tous être des champions comme lui évidemment. Mais pour dire qu’on peut tous atteindre le meilleur de nous même si c’est ce qui nous fait rêver. Car la manière de s’entraîner de Yuki Kawauchi est proche de ce que connait un amateur qui s’entraîne intensément !

Si on regarde de plus près son plan d’entraînement, on peut voir qu’il court tous les jours mais sans forcer la majeure partie des jours de semaine. 4 jours par semaine sont consacrés à du footing à allure lente. Il optimise son temps en faisant 1h10 à 1h40 d’un coup le matin avant d’aller travailler. Mais en courant aussi lentement que 5’/km soit 60% de son allure marathon, ce ne sont clairement pas des kilomètres fatigants pour lui. Pas de bi ou tri quotidiens comme les pros. Il court tous les jours, mais en gardant un planning copiable par n’importe quel coureur amateur qui travaille et ne peut pas forcément faire plus. Une séance de fractionné le mercredi où il travaille sûrement au seuil sur les 1000m ou sa VMA sur des 400m. Assez classique !

C’est dans la fin de semaine que Yuki Kawauchi met la majeure partie de son énergie dans l’entraînement. Les jours où il ne travaille pas et où il a le temps et l’énergie pour. Et sa compétition du weekend est son gros entraînement de la semaine. Il n’y a pas d’autres secrets en fait. Plutôt simple non ? Encore une fois, ce raisonnement amènera zéro progrès pour la grande majorité des coureurs, moi le premier, j’ai déjà testé, à part me blesser, ça ne m’a rien apporté ! Mais pour lui ça marche et si on adapte ça à notre propre personne, il y a clairement des enseignements à tirer pour bien concilier travail et entraînement, je trouve.
5 apprentissages grâce à Yuki Kawauchi, vainqueur du marathon de Boston 2018

Yuki Kawauchi met le plaisir au centre de sa pratique et reste simple

« Je vais utiliser une comparaison avec un cuisinier, s’il est amateur, il cuisine ce qu’il aime, juste pour son plaisir. Mais lorsqu’il devient professionnel, il ne cuisine plus pour lui, il doit cuisiner en fonction du goût des autres. Donc pour rester un athlète libre, travailler comme fonctionnaire est la meilleure solution »

Je pense que c’est la partie qui m’a le plus marqué dans cette interview de Yuki Kawauchi. Le fait qu’il mette le plaisir et la liberté comme sa priorité numéro un. Je répète souvent que la recherche de plaisir doit passer avant la performance pour les amateurs que nous sommes. Si on trouve ce qui nous fait plaisir dans la course à pied et que ça correspond avec le fait d’aller vite, tant mieux. Les performances viendront d’elles-même car on aura une motivation sans faille à s’entraîner. Ici je dévie un peu sur mon cas personnel mais je comprends totalement ce que Yuki Kawauchi veut dire par là ! Se faire plaisir et rester simple dans son approche de la course à pied, il n’y a rien de plus important !

Au passage, avec sa victoire au marathon de Boston et la prime de 150 000 $ qui va avec, Yuki Kawauchi a décidé de quitter son travail et de voir jusqu’où il pouvait aller sans la fatigue que génère ses 40h par semaine. Vu ses chronos, ça aurait tout de même été dommage de ne pas tenter quelque chose… Je ne pense pas que ça aille à l’encontre de ses principes, surtout qu’il n’annonce pas devenir pro en tant que tel en acceptant d’être sponsorisé. Il a juste annoncé vouloir vivre pendant quelques temps sur la prime gagnée au marathon de Boston 2018. Je ne le vois pas changer son discours. Pour moi, il continuera à faire ça à sa manière mais avec un facteur récupération amélioré, il ira simplement encore plus vite ! J’ai hâte de suivre ça !

>> À LIRE : Comment se qualifier au marathon de Boston ?

Yuki Kawauchi restera à vie un vainqueur du marathon de Boston !

Je ne sais pas à quel point le marathon de Boston est signe de prestige en Europe… mais en Amérique du Nord, être vainqueur du marathon de Boston, c’est vraiment s’attirer le respect à vie de tous les coureurs. Et Yuki Kawauchi mérite vraiment ce respect ! Autant pour la performance le jour du marathon de Boston 2018, dans les conditions que l’on sait, que pour sa manière “rafraîchissante” d’aborder la performance en course à pied.
J’espère que vous avez aimé ça ? Dites-le moi dans les commentaires si c’est le cas et j’essaierai de faire d’autres vidéos / articles de ce type ! Et si vous voulez voir le reportage de BeinSport à son sujet, je vous ai mis le lien ici ! Et dans le même style, vous avez aussi l’article sur l’entraînement d’Eliud Kipchoge avant le marathon de Berlin 2017 où il avait signé sa 8ème victoire en 9 courses sur la distance. Un autre mythe que j’ai analysé ici !
Athlète touche à tout, de l'athlétisme à la route en passant par le trail et même le duathlon. Autodidacte passionné des méthodes d'entraînement, je suis mon propre coach depuis 6 ans et applique ma devise "S'entraîner sérieusement sans se prendre au sérieux" pour progresser tout en prenant un maximum de plaisir !

2 COMMENTS

  1. Tout d’abord, merci Niko pour cet article.
    J’aime beaucoup le nouveau concept de la vidéo suivi de l’article. Le sujet que tu as choisi et analysé est très intéressant. En effet, ça fait rêver de voir de quoi le corps humain est capable. Je pense que Yuki Kawauchi est très motivé et cela me fait penser à la technique de motivation sans limite (numéro 5) que je présente sur mon blog. En tous les cas, c’est intéressant ce que tu expliques sur le fait qu’il faut tester par soi même différents types d’entraînements pour savoir lequel est le plus adapté. Aussi, je te rejoins sur le fait qu’il n’y a pas qu’une seule méthode pour s’entraîner et qu’il faut garder l’esprit ouvert !
    Pour conclure, je te réponds, oui Niko, continue de faire d’autres articles de ce type. J’apprécie beaucoup et je pense que je ne suis pas le seul

    Bon entraînement à toutes et à tous,

    Julien GONZALVES
    Un autre passionné de course à pied
    https://lescoureursmotives.com

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here