Le réveil est difficile au lendemain du New Orleans Half. C’est comme ouvrir l’oeil après une soirée (trop) arrosée et se dire : “Mais qu’est-ce qui s’est passé ?”. Dans ce cas je me rappelle très bien de ce qui s’est passé mais l’incompréhension est tout de même présente. Le récit de ce semi ne va pas être teinté de beaucoup de notes d’optimisme, je ne vais pas les inventer “pour faire bien”. Par contre, j’ai le sentiment qu’il pourra en aider pas mal d’entre vous à mieux encaisser des courses ratées. Car si je suis très déçu, c’est une déception toute relative : ce n’est que de la course ! 😉

Autopsie d’un échec programmé ?

Avant la course j’étais partagé entre optimisme et crainte. Optimisme car l’entraînement des derniers mois avait été très bon. Crainte car les deux dernières semaines n’ont pas été optimales du tout côté entraînement. Une semaine au chalet avec mes parents, sols gelés donc pas de course… Plus une arrivée 5 jours avant la course à la Nouvelle-Orléans pour visiter… Tout ça a sans doute pas mal plombé la forme ! C’est pour ça que je n’avais pas fait de cette course un objectif prioritaire. Pour ça aussi que je n’étais pas forcément serein sur la ligne de départ.

Motivé à tout donner !

S’il y a quelque chose qui ne varie pas, c’est la volonté que j’ai une fois sur une ligne de départ. Je suis dans un état second à ce moment, le mode guerrier s’active automatiquement. Et lorsque le décompte du départ touche à sa fin, je lance la machine avec l’objectif affiché de battre mon record perso (1h17’11). Le départ étant dans le Central Business District, le GPS est perdu au milieu des tours… Mais j’arrive quand même à trouver le bon rythme au feeling. Le passage au premier mile en 5’54 (3’40/km) le confirme, je suis pile dans les chronos prévus.

Pourtant, ça me semble beaucoup plus intense que ce que j’imaginais. À ce moment je ne suis pas encore inquiet mais lorsque je me cale dans un groupe, je sens tout de même que quelque chose ne va pas. Jamais je ne me pose de question aussi tôt dans une course. Surtout en partant à la bonne allure.

Prise de conscience

Le passage au 2ème mile… me montre que je suis maintenant en retard sur mon objectif ! Je cours à 3’45/km… L’orgueil me fait relancer l’allure pour me recaler à 3’40/km. Ce qui ne durera qu’un kilomètre. Cette fois c’est clair, la forme est catastrophique aujourd’hui. J’ai l’impression d’être à fond à cette allure que j’ai pourtant travaillé à l’entraînement jusque sur un 3x3000m sans soucis ! Le passage au 5km en 18’38 soit 3’44/km se fait en étant déjà bien entamé… Les sensations sont horribles et le chrono confirme… Il fait oublier le RP aujourd’hui !

La contre offensive !

J’ère alors pendant près d’un kilomètre, comme ayant pris un coup de massue derrière la tête. C’est dur de se sentir aussi mal à ce moment d’une course, surtout quand les entraînements étaient prometteurs… Un gros jour sans, comme on en connait parfois à l’entrainement ! Je n’avais jamais expérimenté ça en course, c’est un calvaire !

Le plan A (<1h17) étant à oublier, le plan B était de donner le max pour s’en approcher. Je préfère oublier celui-ci aussi, je n’ai vraiment pas de jambes, je cours à l’explosion totale. J’improvise alors un plan C plus utile : courir les 15 kilomètres restants à allure marathon. Ça veut dire se caler autour de 3’58/km. Ce que j’arrive à faire assez rapidement.

Une nouvelle course commence

Même si les pensées négatives continuent de me hanter, je suis passé à autre chose. À un objectif qui au final se révèle tout de même ambitieux. C’est triste à dire, mais même mon allure marathon est difficile à tenir aujourd’hui. Je ne sais pas vous, mais quand j’ai des jours sans (pas plus de quelques uns par an de cette intensité), le simple fait de courir en footing est difficile…

Alors réussir à tenir cette allure marathon est un vrai challenge. Mais si j’arrive à faire 15 kilomètres à allure marathon dans ces conditions, j’aurai au moins la satisfaction d’avoir fait un gros entraînement pour le marathon ! La motivation est donc de retour pour relever ce challenge !

Tenir le rythme, à tout prix !

Cet exercice va être mental, je le sais déjà. Le passage au 10ème kilomètre me le dit. J’ai bien calé l’allure, mais j’ai vraiment des jambes horribles. Je m’imagine alors sur la fin d’un marathon. Il reste 11 kilomètres et c’est là qu’il faut aller chercher dans ses réserves mentales et ne rien lâcher. Les chronos sont très réguliers, tous entre 3’56/57/58/59. Bonne nouvelle, je sais bien gérer cette allure ! (Je prends les satisfactions où elles sont, même les petites !). 

Au 15ème km je passe devant Élodie qui prend les photos. Preuve que je ne suis vraiment pas frais, elle m’appelle plusieurs fois (ce qu’elle me dira après) et je l’entends simplement en passant à côté d’elle… En lui lançant un regard qui en dit long !

Fin de course : mental, mental, mental !

Il reste 6 kilomètres tout en ligne droite et à chaque kilomètre je dois forcer un peu plus pour ne pas ralentir. Rappel à l’ordre au 17ème km que je vais passer en 4’03. J’ai un coureur en ligne de mire depuis un moment qui s’est éloigné, je me dis de garder le focus sur lui. Je ne dois pas lâcher un mètre sur ce gars, point barre. Repasser sous la barre ses 4’/km est un gros effort mais je le fais en pensant à nouveau au marathon.

Je relance régulièrement car chaque foulée m’incite à lever le pied. Et le coup de grâce va arriver un peu plus loin quand la course se sépare en deux. Le coureur que je suivais part sur le marathon. Et là je m’imagine si aujourd’hui était le jour de mon marathon… Impossible, je n’abandonne jamais mais je ne pense pas que j’aurai été capable d’aller au bout aujourd’hui… Bref il me reste un interminable kilomètre pour terminer. J’essaye de relancer mais je n’en ai pas la force, je suis cuit. Je passe la ligne en pensant sincèrement avoir été au bout de ce que j’avais dans les jambes aujourd’hui.

Bref, un jour sans, qui en appelle de meilleurs !

1h22’29 au chrono. C’est 5’30 de plus que l’objectif travaillé et pourtant je suis cuit. Je le redis mais ça fait mal d’avoir des sensations aussi mauvaises le jour d’une course ! Mais il y a quand même une morale à retenir de cette course. C’est que toutes les conditions peuvent être utilisées à notre avantage. Il est difficile de reproduire les conditions d’un marathon et de s’y entraîner. Ce type de course m’aura offert une occasion parfaite de travailler la deuxième partie du marathon. J’ai imprimé le rythme dans la tête et je me suis bougé pour le tenir jusqu’au bout. Et je suis sûr qu’au moment venu, ça sera utile !

La page de ce semi-marathon est tournée, c’est l’heure de penser au marathon de Prague qui arrive dans 9 semaines ! Mais en attendant, je décompresse pendant les 2 derniers jours qu’il me reste à la Nouvelle-Orléans. Ville qui ne me laisse pas un grand souvenir sportif mais qui n’en est pas moins magnifique !

Athlète touche à tout, de l'athlétisme à la route en passant par le trail et même le duathlon. Autodidacte passionné des méthodes d'entraînement, je suis mon propre coach depuis 6 ans et applique ma devise "S'entraîner sérieusement sans se prendre au sérieux" pour progresser tout en prenant un maximum de plaisir !

7 COMMENTS

  1. Cette « mauvaise «  course te servira immanquablement un jour ou l´autre, dans un moment difficile, à un 36eme et tu en souriras !
  2. Ton récit reflète très bien le “qu’est ce qu’on fout là !” que l’on peut malheureusement avoir…
    Et quand ça tombe un jour de course, c’est tellement dur !
    Félicitations tu t’es accroché jusqu’au bout et ça te servira sans aucun doute 🙂
  3. Je suis régulièrement ton blog depuis quelques temps et je trouve tes analyses et conseils très intéressants.
    Pour ce semi, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de raison qui explique ton “échec” (1h22 reste quand même une belle performance) hormis le fait que tu étais dans un jour “sans”. Et ça arrive.
    De mon côté j’ai préparé mon premier semi (qui aura lieu dimanche) depuis 3 mois (3 sorties par semaine, un peu de seuil, quelques fractionnés courts et principalement du trail en EF), avec un objectif de 1h30 (record au 10km en 41′ l’an dernier). Malheureusement j’ai attrapé un lumbago il y a une semaine… Je ne suis pas certain de pouvoir courir, au mieux une sortie en endurance fondamentale…
    J’ai régulièrement ce genre de problème, et malgré mes efforts (étirements, gainage, piscine…) le dos reste mon point faible. Je vais essayer de pratiquer des positions de yoga pour renforcer et assouplir la région des lombaires… Et surtout essayer de positiver !

    Merci pour tes articles ! Et je te souhaite une saison réussie malgré ce départ un peu “mou”, ça va aller crescendo !!!

  4. Dans le genre souvenir mitigé le semi de Pertuis début avril 2017 objectif 1h30′ faible dénivelé,après une belle passe d’armes avec la 1ere féminine (une très forte)je passais au 10km un peu vite 41’20” au lieu de 42′ prévus,évidemment après c’est plus compliqué,coup de bambou entre 12 et 13km,plus d’énergie et l’envie de faire un roupillon au bord de la route,bref plusieurs places perdues et la fin de course très pénible. J’espère que ça me servira de leçon le prochain coup. Encore merci pour les articles @+
  5. Excellent récit d’un “jour sans”, comme on en connait tous !!! A travers ces quelques paragraphes, j’ai revécu mon expérience du marathon de….Prague en 2015. Chaleur, énormément de pavés, plusieurs ponts et tunnels, le tout accompagné d’un gros manque de jambes, ont fait qu’a partir du 20° Km, j’ai dit à mon pote: “adieu les trois heures”.
    22 km au mental en se disant qu’il fallait “limiter la casse” au maximum. Bilan: 3h05 à la place de 3h…et beaucoup de courbatures les jours suivants pour visiter.
    Heureusement à Prague, la bierre, source de récupération, est bonne et vraiment pas chère !!!
    Bonne fin de prépa.
  6. Merci de partager avec nous aussi les jours “sans” ! Bon courage pour la fin de prepa !
    De mon cote, un peu difficile après mon 1er marathon fin janvier, je souffre d’un TFL que je n’avais jamais eu jusque la, et du mal a m’en debarrasser malgre les séances de kine… et etirements..
    Du coup, un peu le moral dans les chaussettes !
  7. Niko, as-tu essayé de regarder si ce “jour sans” n’était pas “prévisible” en suivant tes méso-cycles de forme ? En fait pour moi, en grosse préparation avec beaucoup de charges, je subis de fortes baisses de forme après 2 à 3 semaines de forme. Ces périodes de forme en berne durent en général 10 jours. Cela se concrétise par une fatigue toujours présente et des jambes lourdes à l’entrainement. Cela s’arrête soudainement en une ou deux séances. Mon meilleur indicateur pour déterminer où je me trouve dans ces cycles semble être mon indice de récuperation après l’entrainement (le bon vieux rythme cardiaque après 2 mins … que ma montre garmin me donne (mais n’enregistre pas … grrr !..) ). Je suis actuellement à 10 jours de mon premier marathon et suis dans une de ces phases de mauvaise forme, cela devrait revenir juste avant la compét’ j’espère. Autre chose que j’ai remarqué concerne un post que tu avais fait il y a quelque temps concernant un décalage entre tes sensations et ton rythme cardiaque pour une compét’. Cela m’arrive régulièrement, et généralement toujours un peu au même moment dans les méso-cycles, une ou deux séances où je me sens très bien mais mon rythme cardiaque est 5 pulsations plus haut que ce que me disent mes sensations. En conclusion, il me semble qu’il y a beaucoup à apprendre sur soi et sur l’alternance “charge d’entrainement – compensations physiologiques diverses” en suivant tous ces indicateurs de cycles à 3 – 4 semaines.

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