Voici déjà un petit moment que ce Beaver Trail me faisait envie, mais je ne sais pas pourquoi je ne l’avais jamais coché au calendrier. Et cette année encore, je ne m’étais pas inscrit à l’avance, hésitant, attendant de voir comment je récupérerai de la festa-trail …
Et pourtant, je n’en ai entendu que du bien, certains ne se gênent pas pour dire que c’est l’un des plus beaux trail du Gard. Mais j’attends, profitant de la possibilité de pouvoir s’inscrire sur place.
Un dimanche matin comme un autre ?
Bizarrement je me réveille pas trop stressé et j’arrive à déjeuner normalement. Une douche, j’enfile mes affaires déjà préparées la veille et direction Poulx. J’ai pris la décision de partir le plus léger possible au vu des plus de 30°C annoncés et ce dès la fin de matinée.
Et puis finalement non ce n’est pas un matin comme un autre. Dans la voiture mon visage se ferme, je fais ma course, j’espère ne pas trop souffrir de la chaleur, ne pas avoir de défaillance majeure. Arrivé sur place, je vais m’inscrire et retirer mon dossard, je veux enfiler ma puce mais je n’ai qu’une attache ce qui ne suffit pas. Je vais en chercher une autre, on me donne un serflex en plastique. Il se bloque, je ne peux ni le serrer ni le retirer. Ca me met en rogne. J’ai déjà le sang-chaud à la base et aucune patience, encore moins un matin de course et je m’énerve ! Mes parents qui ont l’habitude me laissent faire, Aurore rentre petit à petit dans sa course, So (ma sœur) prend des photos et mes grands-parents qui ont fait le déplacement essaient de me calmer. Mon grand-père veut me faire rire, ça marche à tous les coups normalement, pas ce matin…

Top départ du Beaver Trail 2015
Pour Aurore sur le ti’trail (18K – 700m D+). Il est 9h du mat’ et il fait déjà trop chaud. Je suis remonté un peu sur la route en trottinant pour finir mon échauffement et encourager tous les participants et plus particulièrement ma copine et les coureurs du club de Vergèze.
Je redescends sur la ligne de départ, je sue à grosses gouttes, j’ai chaud. Je me mouille la tête pour essayer de faire descendre la température, je stresse.
Devant sur la ligne de départ ça chambre beaucoup, certains font les “kékés”, j’entends des “ça va jouer des coudes au départ” alors je recule un peu, je ne suis pas là pour ça, en cross ou en piste oui, ça fait parti du jeu. Pas aujourd’hui.
Et j’ai bien fait de me reculer un peu, ça part vite devant, trop vite. Mais c’est roulant sur les premiers kilomètres ce qui est plutôt à mon avantage.
Un Beaver trail découpé en portions
J’essaie assez vite de découper ma course par portions, j’ai vu le profil et je sais que si je veux gagner du temps c’est maintenant, mais je ne veux pas trop m’emballer non plus. La portion la plus difficile étant celle entre les deux ravitos (17 et 24K). La dernière portion est elle plus roulante jusqu’à l’arrivée. Je croise rapidement mes parents et mes grands parents au kilomètre 4. On attaque une première petite descente mais quand même assez technique entre poussière horriblement sèche et cailloux, suivie d’une montée qui ressemble à la descente précédente. Je me mets vite en mode marche pour ne pas me griller.
Sur les 10 premiers kilos, la course est comme ça, petites descentes techniques suivis de petites montées raides et pas mal de portions roulantes où le train est pas mal. Je me retrouve dans un groupe qui avance bien, où les gens sont sympas et où les relais se font bien. Bien loin de l’esprit des “kékés” dont je vous parlais au début.
Je croise souvent mes parents et mes grands-parents, un petit sourire, une petite tape dans la main, ils m’encouragent. Rien de bien fou, je ne sais pas encore à quel point leur aide me sera essentielle d’ici quelques bornes.
Passage au 10km en 54′ tous les voyants sont au vert.

À un moment je sens, grâce à la végétation et aux rochers assez particuliers, que l’on se rapproche des gorges mais sans y descendre, le ravito est pour bientôt. Mais la chaleur est de plus en plus écrasante. Ma foulée de moins en moins efficace, elle se raccourcit et tape un peu au sol. “Fait chier”. Je sens le coup de chaud arriver, un bénévole m’annonce le ravito dans 500m. Il était à plus d’1,5km (14km)……
Il me fait un bien fou, je m’y arrête près de 5min, me mouille la tête, me ravitaille un peu. Je regarde ma montre et pour la première fois de la course je passe sous les 10km/h de moyenne. – Je ne repasserai plus au dessus –
S’en suivent de plus longues descentes et montées. On devrait descendre dans les gorges bientôt mais pour l’instant j’ai l’impression qu’on tourne en rond comme des cons pour rien, je commence à accuser le coup mais les jambes répondent encore. La chaleur me cuit sur place et le soleil m’écrase, moi et mon ombre. Cela fait un moment que je ne double plus personne. Je ne me fais pas doubler non plus. Je suis seul avec mon pote le soleil.
Je croise mes parents à nouveau et ça me fait du bien, je leur répète au mois 4 fois que “j’en ai plein le cul là !!”. Mon père m’annonce que je suis encore dans les 30 premiers. Ce résultat m’étonne, je pensais être bien plus loin au classement. Et je repars sur une looooongue piste de cailloux blancs en plein cagnard. Et si vous ne l’avez pas encore compris : j’ai chaud ! Je maudis tout, moi de m’être engagé sur cette épreuve, le soleil, la chaleur, le moindre cailloux, et même cette course. Tout y passe.
Les gorges du Gardon
Je vois le gardon en bas, yes ! C’est beau ! Mais encore faut-il y descendre, toujours en plein soleil. J’ai chaud, très chaud. Arrêt pipi. Je repars, je commence à avoir des crampes devant les cuisses mais si je veux étirer ça crampe derrière. Je continue ma descente mais j’ai chaud.
Presque arrivé en bas, plus que quelques marches. Elles sont inégales, même pas droites. Je maudis comme il se doit ses Romains “capablent de construire des ponts et des arènes mais pas foutus de te faire 3 marches droites !!” (Baptiste Besse – 01/06/2015, au fond du gouffre)
On arrive sur le sable, je double un coureur qui se rafraîchit dans le Gardon, on court un peu sur du sable. Je maudis le sable. S’envole alors mon rêve du Marathon des Sables. Pas aujourd’hui en tout cas.
Maintenant il faut remonter, une longue montée. Au soleil encore, il fait de plus en plus chaud, je suis de plus en plus fatigué, j’en ai de plus en plus marre. Je marche, je ne cours plus. Je me fais doubler par wagons. Je vis chaque dépassement comme un échec, m’enfonçant de plus en plus dans ma spirale négative.
Je double quand même deux ou trois coureurs, arrêtés sur le bord du chemin.
On arrive enfin sur les hauteurs des gorges, on en a fini avec les vraies difficultés de ce trail. Kilomètre 24, le ravito ne devrait pas être loin.

The ravito
Il était pourtant annoncé au kilo 24 ce ravitaillement. Et pourtant il n’arrive jamais ! On rejoint la route, je vois mon père qui me dit que ma mère a une bouteille d’eau pour me rafraîchir et me mouiller la tête. On est au kilomètre 25, il fait chaud. Trop chaud. Le ravito est un kilomètre plus haut. Il faut longer la route, j’en peux plus. Je maudis alors la terre entière à cet instant. J’en peux plus, j’entends alors la voix de mon père “C’est au mental maintenant que ça se joue” – “tu sais où tu peux te le mettre ton mental” me dis-je alors !
Je finis tout de même par y arriver à ce ravitaillement. Je me mouille encore la tête et la casquette. Je constate alors qu’elle est déjà quasiment sèche. Je l’avais pourtant mouillé un kilomètre plus bas. (Bon ok je courais pas bien vite donc il était long ce kilomètre, mais quand même !)
Je quitte le ravito et j’éclate en sanglot, les larmes inondent mes yeux, je n’y vois plus rien dans cette petite descente mais bon, vu le rythme auquel je cours je ne crains pas grand chose.
La route est longue encore avant l’arrivée, je me fais encore doubler, j’ai chaud, j’en peux plus !
Je rejoins enfin la route, je vois encore ( :p ) mon père qui m’annonce qu’Aurore – qui a fini ses 18km – et ma mère sont là. Je pleure encore, je répète sur les 500 derniers mètres qui me séparent de l’arrivée “je suis une merde, je suis une merde”. Elles me rassurent et m’encouragent, ça me fait du bien.
Enfin la fin de ce Beaver trail…
Je passe enfin la ligne d’arrivée, un dernier soupir, un coup de pied dans l’air et je m’allonge sur le trottoir à l’ombre.
Toute ma famille est là, ils me réconfortent. Je vais me ravitailler et ça me fait un bien fou. J’ai des ampoules sous les pieds à cause de la chaleur et du sable. Je boite.
Les résultats tombent, 44ème et 1er Espoir, je suis content quand même. Monter sur le podium et voir ma famille fière de moi m’aide à relativiser.

Une semaine après
Je n’ai pu écrire mon CR à chaud, je suis parti cette semaine à la montagne. Prendre l’air frais et balader en altitude avec Aurore. J’écris donc cet article une semaine après. J’ai beaucoup réfléchis. D’abord j’ai remis le reste de ma saison en question et notamment le 65K Haricana. Ensuite j’ai beaucoup beaucoup relativisé. J’ai pris du recul et j’en ai surtout beaucoup ri. J’ai chialé pendant 10 bornes sur un trail, faut le faire quand même !
J’ai aussi pensé à ça : l’effet que ça fait d’annoncer qu’on fini 1er Espoir et quand même être déçu.
Tel que je l’ai expliqué sur Instagram, ce n’est pas tant le résultat qui me déçoit mais la manière. J’étais dans les 30 premiers pendant plus de 20km, puis je me suis fait doubler tant et plus sur la fin ce qui m’a plombé le moral. Ajoutons à cela un gros coup de chaud, des frissons malgré cette chaleur …
Une semaine après, c’est donc le sourire aux lèvres que je raconte cette course :)
Je tiens à remercier mes parents (comme toujours) et mes grands-parents qui ont fait le déplacement et à féliciter Aurore pour son 18K tout aussi chaud ! Et aussi Pierre Toussaint, organisateur de la Festa Trail et Trail des Avens pour l’invitation.
À bientôt!

Couillon remercie pas ta soeur et ses magnifiques photos :(
Couillon je te place avec mes parents et tout, la fafa quoi !
Un beau récit de course ! Sûrement le meilleur d’ailleurs, bravo
Merci Aurore :) Je veillerai à ce que les autres soient aussi beaux alors ;)
1er espoir…44e au général. .t’es loin d’être une merde!!!!!
Je suis content du classement, mais c’est pas tant le classement ou le résultat qui me faisait dire ça, mais surtout le fait de ne plus avoir les jambes et de me faire doubler, beaucoup doubler!
Après le classement oui j’en suis content, mais disons que c’est secondaire :)