“C’est le Vietnam !” C’est le genre de phrase que nous pouvions entendre la veille de la course au village départ du XC de la Vallée 2015 où il y avait quelques stands tels que Salomon, Suunto et les barres Fruit2 et Fruit3. On avait lu sur Facebook que la parcours risquait d’être boueux, mais on ne s’était pas rendu compte à quel point avant d’arriver sur place et de parler avec quelques personnes. J’avais pris mes salomon s-lab, mais étant pour terrain sec, le gars de salomon m’a prêté une paire de s-lab SG (softground) pour terrain gras.
J’avais un peu pris le parcours à la légère en m’inscrivant, 35 bornes, 1500m de D+ on a connu pire. Et puis sans compter la fatigue qui allait s’accumuler le long du voyage et le manque d’entraînement ( 0 footing depuis le demi-marathon de San Francisco le 25 juillet). La pression commence à monter doucement, même si “l’envie” n’y est pas vraiment à cause de la fatigue. J’essaye juste de me motiver en me disant qu’à 5 semaines de l’objectif de l’année -le 65 km de l’UTHC- terminer cette course serait un bon point.
Après une bonne nuit de sommeil, direction le parking proche de l’arrivée d’où nous prenons la navette qui nous amène sur le lieu de départ de la course. Le directeur de la course rentre dans le bus avec nous pour nous faire un petit speech, sûrement le plus drôle et le plus original que j’ai jamais entendu ! Mais au moins il nous dit la vérité : va y avoir de la bouette et on risque d’être tané !! (Je vous invite d’ailleurs à aller visionner la vidéo sur la page facebook de la course).
Le trajet en navette ne semble jamais en finir et c’est toujours drôle de regarder un peu autour de soi comment les gens gèrent leur stress, certains fixent le paysage à travers la fenêtre très silencieux tandis que d’autres ont besoin de parler et de rigoler bien fort. Avec Aurore on discute un peu, nous ne sommes pas très sereins mais au vu des conditions dans lesquelles nous sommes, terminer sera déjà très bien.
Une fois arrivés sur place on retrouve des gens que l’on connaît, on discute un peu avant d’aller se placer derrière la ligne de départ (ligne tracée au pied dans la terre). Il est 10h quand les 180 coureurs (35K et transvallée) s’élancent dans le sentier.
Hou la gadoue, la gadoue, la gadoue, la gadoue !

Et on attaque direct dans un sentier en sous bois, apparaissent très vite les premières racines, les gros cailloux pleins de mousse et les flaques de boue. Au début c’est rigolo, tu essayes de les éviter un peu, tu les contournes ou sautes par dessus quand tu peux. Et puis tu en as vite marre alors tu penses juste mettre ton pied dedans et “plouf” ou plutôt “floc” ta jambe s’enfonce jusqu’à hauteur de ton genou. Tu essayes de sortir ton pied tant bien de mal de là, tu trottines 30 mètres, 50 si tu as de la chance et à nouveau “floc”, et ce pendant 35K. On va avoir du fun hein ?!
Je me souviens en avoir eu déjà marre au kilomètre 3, je me suis alors dit que la route allait être très longue si je partais déjà comme ça. J’ai alors considérablement ralenti l’allure, attendant de me faire rattraper par un groupe pour courir un peu avec eux et discuter. J’ai aussi voulu découper ma course plutôt que de le prendre en un gros bloc de 35km, une première partie jusqu’au ravito 1 où normalement je serai encore frais et je prendrais le temps de bien me ravitailler pour arriver au deuxième ravito au kilomètre 18. Ici ce serait la mi-course, je me poserai un peu avant de repartir pour le dernier ravitaillement au kilomètre 26. En théorie je devrai encore en avoir sous le pied car ces 10 derniers kilomètres sont les plus durs, les plus techniques et concentrent une bonne partie du dénivelé de la course.

XC de la Vallée : Un loooong 35km
Enfin ça c’était ce que je pensais. Mes jambes et mon mental (et si vous vous souvenez j’ai un GROS mental… Ou pas !!) auront le dernier mot. En réalité cela s’est plus passé comme ça : je suis tout de même parvenu à arriver frais au premier ravito et sans en avoir trop marre. J’ai bien pris le temps de tout recharger, il faisait chaud et l’humidité dans l’air était bien présente, alors on transpirait beaucoup ! J’ai mangé salé, bu beaucoup d’eau et de boisson chargée en électrojesaisplusquoi. Mais j’ai quand même eu des crampes avant d’arriver au deuxième ravitaillement. À force de quicher pour essayer de te sortir de la boue et de glisser, ça fatigue. Et puis bon, je paye clairement mon manque d’entraînement, que des crampes au bout de 15 kilomètres quand tu veux en courir 65 dans un mois c’est du jamais vu ! Alors je me traîne un peu comme je peux jusqu’à ce fameux ravitaillement. T’aperçois au loin un chapiteau Subway, il est déjà midi et tu rêves d’un bon 6 pouces au thon sauce oignon doux (ceux qui ne connaissent pas, je vous invite à aller essayer!). Puis là bah non, tu arrives on te dit de pas trop remplir ta poche à eau car ils n’en auront pas pour tout le monde et les 3 bretzels que tu veux manger ont été aspergés par du Gatorade .. Je m’assoie quand même sur un caillou et parle avec un autre coureur. Il en a marre et décide d’abandonner, c’est tentant alors de lui dire “ok on a qu’à rentrer ensemble en bagnole !” surtout quand il te dit que l’an dernier les 10 derniers kilomètres avaient été les plus longs et les plus pénibles de sa vie.
Hou la gadoue version extrême !
Je repars alors vite-vite (façon de parler hein !) de ce ravitaillement pour ne pas me laisser tenter par un retour express ! En théorie l’idée d’en avoir fait la moitié aurait dû me faire du bien, au final cela m’a plus accablé qu’autre chose de me dire qu’il m’en fallait faire autant. En repartant je me mets à rêver de pouvoir courir, juste courir sans devoir m’arrêter tous les 30 mètres parce que j’ai de la boue jusqu’aux genoux, un tronc à franchir ou une passerelle hyper-méga glissante à négocier. Vœu pratiquement exaucé quand trois kilomètres avant le dernier ravito une longue piste forestière type DFCI (piste que j’ai l’habitude de haïr) s’offre à nous ! Je peux enfin courir sans trop regarder où je mets les pieds ! On sort aussi des sous-bois et il fait chaud. Ce sera mes seuls kilomètres au dessus de 10km/h de la journée (pas beaucoup plus non plus faut pas rêver).
Et c’est comme ceci, sur cette belle foulée que j’arrive au troisième et dernier ravitaillement. Il n’y a ici aucun problème d’eau mais toujours pas quelque chose de consistant à manger. J’avais pris des barres avec moi, mais j’aurai aimé manger du salé et consistant. À savoir pour l’avenir, toujours partir avec un jambon beurre dans le sac ! Je reste ici un bon 15 min, prends le temps de quand même bien me ravitailler et de me poser. Je veux juste en finir avec cette course peu importe le temps. Je repars à seulement 30 min de la barrière horaire (qui est restée inchangée malgré les conditions du terrain) pour ces looongs 10 derniers kilomètres. En gros, 7 de montée et 3 de descente. Les pires de ma vie, je mettrai 2h pour rallier l’arrivée sans avoir une seule seconde de plaisir (heureusement que j’ai pu discuter avec un autre coureur un peu dans la montée).
Bilan de cette course : content d’en avoir fini, content d’avoir fini tout court aussi. Ce fût un bon entraînement pour l’UTHC. Par contre un peu déçu du parcours. Oui c’est du 100% trail, du monotrace technique etc, mais cela manque de points de vues et cela serait bien de sortir un peu du bois de temps en temps.
Je termine 70ème sur 180 partants et seulement 116 finishers (taux d’abandon de plus de 36% sur un 35km : pas mal) en 6h36 de course.
Sur ce, je vous laisse je vais m’entraîner un peu plus sérieusement ! :)


